La psychologie transpersonnelle

Une nouvelle psychologie transpersonnelle de l’enfant

Je suis frappé de l’importance que prend la psychologie transpersonnelle aux Etats-Unis dans les cercles de la psychologie du développement de l’enfant. Mais qu’est-ce que la psychologie transpersonnelle ? Nous ouvrons Wikipedia et nous lisons :

« La psychologie transpersonnelle est une école de psychologie née au tout début des années 70 de la rencontre entre plusieurs thérapeutes, dont Abraham Maslow (cofondateur de la psychologie humaniste) et Stanislav Grof (fondateur de la respiration holotropique). Considérée comme la quatrième vague en psychologie (après la psychanalyse, le cognitivo-comportementalisme, le courant existentiel-humaniste), elle se situe dans la lignée de psychanalystes comme Carl Gustav Jung et Roberto Assagioli notamment, bien que fondée postérieurement. »

Pour dire les choses simplement, la psychologie transpersonnelle tend à étudier l’individu de manière globale, ou « holistique », c’est-à-dire y compris sa dimension « spirituelle ». Dans le cadre de la psychologie transpersonnelle de l’enfant, l’accent est mis sur la genèse de ses croyances. Notons que l’étude de la genèse des croyances n’est pas nouvelle; parmi les précurseurs on pense à Pierre Janet et à Théodore Flournoy. Piaget lui-même s’intéresse aux croyances: même si elles sont plus subjectives et égocentriques que les produits de la raison, il insiste sur le fait que les plus centrales tendent à se raisonner, à se coordonner, et à s’impersonnaliser au contact d’autrui. Notons qu’il serait difficile d’imaginer une psychologie un peu générale qui excluerait la croyance. A cet égard, la psychologie transpersonnelle de l’enfant ne présente pas de perspective nouvelle. Ce qui me frappe dans cette psychologie de l’enfant, c’est que — à l’instar de la psychologie transpersonnelle de l’adulte — on passe un peu rapidement de « croyance » à « croyance religieuse », et que la notion de spiritualité n’est pas clarifiée. Je ne veux pas m’arrêter sur l’émergence de ce courant psychologique, sans doute lié à une tectonique des idéologies propre aux Etats-Unis, mais seulement m’étonner ici que ce questionnement ait atteint la psychologie piagétienne américaine (cf. les débats et forums de la Jean Piaget Society), et, par ricochet, la personne même de Piaget qui est vu, surtout dans ses jeunes années, comme pétri de religiosité.

Il est vrai que Piaget est un parfait sujet d’étude pour un transpersonnaliste, qui, dans son adolescence, était très engagé dans des mouvements de jeunes protestants. Il faut dire cependant que, pour ce qui est de sa spiritualité, Piaget n’a jamais été (clairement) un dualiste, en tout cas jamais un transcendantaliste. Même dans ses jeunes années, alors qu’il manifestait de l’intérêt pour la spiritualité (à vrai dire d’un point de vue essentiellement philosophique), il n’a jamais cru en un dieu extérieur au monde. Il est vrai cependant qu’il donne parfois l’impression de croire à une sorte de spiritualité immanente. Dans son interview avec Bringuier¹, il affirme qu’il croit toujours à l’immanence, une réponse constamment invoquée par les transpersonnalistes, mais qui demande clarification. Comme le dit Jean-Jacques Ducret sur le site de la Fondation Jean Piaget, « [Pour Piaget] la notion d’immanentisme renvoie à la conception philosophique et religieuse que Brunschvicg a développée en prolongement de ses réflexions critiques sur les limites de la connaissance. Ces réflexions aboutissant à la thèse selon laquelle il n’est pas possible d’affirmer quoi que ce soit sur une réalité absolue extérieure à la pensée… ». En d’autres termes, l’immanence pour Piaget ne renvoie pas à la spriritualité mais à la pensée. Je crois qu’il a toujours été fidèle à cette conception brunschvicgienne, ce qui — entre parenthèse — rend compte de son désintérêt presque total pour l’ontologie (« la réalité je m’en fous… »).

Quand je dis que Piaget n’a jamais été dualiste, il faut un peu nuancer, tout en ajoutant immédiatement que son (possible) dualisme n’est en rien religieux. Pour en rester à sa jeunesse — la période de sa vie qui intéresse les transpersonnalistes — Piaget affirme dans une réponse à Arnold Reymond, son professeur de philosophie à Neuchâtel, que les mathématiques existeraient même si les hommes n’existaient pas. Il y a là une position platonicienne qu’on ne retrouvera pas plus tard chez lui. J’observe, en passant, qu’Arnold Reymond félicite son jeune étudiant pour cette réponse avec laquelle il se dit tout à fait d’accord… Il y aura plus tard aussi des traces de dualisme dans son parallélisme psycho-physiologique. Je ne sais pas si Piaget l’avait bien vu, mais si la pensée et la réalité sont parallèles, c’est qu’elles appartiennent à des mondes séparés, et que, par conséquent, le parallélisme est une forme de dualisme. Piaget n’a cependant jamais insisté sur ce parallélisme, et quand Mario Bunge lui a demandé, dans les années 70, s’il était moniste, il a répondu par l’affirmative. Si donc pour Piaget il n’y a pas de transcendance et si l’immanence est une propriété de la pensée, donc une propriété psychologique, cela laisse peu de place à une spiritualité de nature religieuse.

¹Bringuier, J.C. Conversations libres avec Jean Piaget. Paris: Robert Laffont, 1977.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s